Georges Kiejman

Georges Kiejman (1932-2023) fut l’un des plus grands avocats pénalistes de son temps, figure de l’éloquence judiciaire et conscience exigeante de la République.

Né à Paris dans une famille juive polonaise, son enfance fut marquée à jamais par la Seconde Guerre mondiale. Son père, déporté, mourut à Auschwitz. De cette blessure originelle naquit sans doute la rigueur morale et la force intérieure de celui qui consacra sa vie à la défense des libertés publiques.

Formé à la Sorbonne, Georges Kiejman révéla très tôt un talent exceptionnel pour la plaidoirie. Sa voix, précise et grave, fit bientôt autorité dans les prétoires. Il défendit avec éclat les grandes maisons d’édition françaises — Gallimard, Le Seuil, Champ libre — ainsi que les figures majeures du cinéma et de la pensée contemporaine, notamment les fondateurs des Cahiers du cinéma.

Son nom demeure indissociable de certains procès emblématiques. En 1976, il obtint l’acquittement de Pierre Goldman, dans une affaire qui divisa profondément l’opinion publique. En 1987, il plaida pour la famille de Malik Oussekine, étudiant mort sous les coups de la police, donnant à la justice un visage de dignité et de mémoire. Il défendit également des personnalités politiques de premier plan, dont Laurent Fabius dans l’affaire du sang contaminé et Jacques Chirac dans celle des emplois fictifs de la Ville de Paris.

Homme de l’ombre autant que de la parole, Georges Kiejman fut aussi un conseiller écouté du président François Mitterrand. Il occupa plusieurs fonctions ministérielles entre 1990 et 1993, sous les gouvernements Rocard, Cresson et Bérégovoy, mettant son sens de l’État au service de l’action publique.

Avocat, ministre, intellectuel, Georges Kiejman laisse l’image d’un homme de conviction, pour qui le droit n’était jamais dissocié de la morale.

Tombe de Georges Kiejman au cimetière du Montparnasse à Paris
Tombe de Georges Kiejman, cimetière du Montparnasse.

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