Mireille Berl
Mireille Berl (1906 – 1996), que l’on appelait simplement Mireille — ou plus affectueusement encore « la petite Mireille » — naquit dans la musique comme d’autres naissent dans la lumière.
Issue d’une famille profondément mélomane, elle posa les doigts sur les touches d’un piano avant même de savoir écrire son nom. À six ans, elle apparaît déjà à l’écran, modeste figurante dans un film dont le souvenir s’est effacé, mais où transparaît déjà le pressentiment d’un destin.
Très jeune, elle traverse l’Atlantique pour les États-Unis, où elle découvre le jazz et s’imprègne de ses rythmes neufs. De retour en France en 1932, elle rapporte dans ses valises les premiers élans du swing, qu’elle diffuse comme on introduit un peu de gaieté dans une conversation trop sérieuse. Ses chansons — à la fois légères, tendres et pleines de malice — séduisent les grandes voix de l’époque, telles Maurice Chevalier et Jean Sablon (sixième division), qui les interprètent avec cette élégance nonchalante propre aux Années folles.
Mais la guerre vient briser l’insouciance. Mireille, en tant que juive, doit s’effacer. Elle trouve refuge à Argentat, loin de la scène, et entre dans l’ombre silencieuse de la Résistance. Ce courage discret, elle ne le mettra jamais en avant.
Après la Libération, elle retrouve Paris et sa vitalité artistique. Elle se lie d’amitié avec des figures marquantes telles que Jean Cocteau, Yves Montand, André Malraux, mais surtout Sacha Guitry, qui l’encourage à transmettre son art. De cette impulsion naît Le Petit Conservatoire de la chanson, lieu d’apprentissage et de partage, qui formera toute une génération d’artistes, porté par la radio puis la télévision entre 1955 et 1974. De ce vivier émergent Françoise Hardy, Alain Souchon, Alice Dona, Frida Boccara… et bien d’autres encore.
Mireille composera plus de six cents chansons et recevra de nombreuses distinctions, qu’elle accueillera toujours avec cette espièglerie discrète qui faisait partie d’elle. Sa dernière apparition, au théâtre de Chaillot en 1996, fut moins un adieu qu’un ultime clin d’œil à la scène. Elle repose aujourd’hui aux côtés de son mari Emmanuel Berl, dans une tombe simplement ornée d’un vers lumineux :
« Avec le soleil pour témoin » — titre également de son livre de souvenirs (Robert Laffont, 1981).
Une manière délicate de promettre la gaieté, même au-delà.
Informations
- Nom : Mireille Berl
- Naissance : 30 septembre 1906, Paris
- Décès : 29 décembre 1996, Paris
- Profession : Compositrice et comédienne
- Division : 25