Chapour Bakhtiar
Chapour Bakhtiar fut de ceux dont la destinée est marquée dès l'enfance par les secousses profondes de l'Histoire. Dernier Premier ministre du chah d'Iran, figure d'une modernité menacée, il trouve la mort dans l'exil, à Suresnes, près de Paris, le 6 août 1991.
Son ascendance le destinait à une carrière publique : son grand-père maternel avait déjà occupé deux fois la fonction de Premier ministre, en 1912 et en 1918. Pourtant, le destin ne tarde pas à lui imposer de cruelles épreuves : il perd sa mère à l'âge de sept ans et poursuit ses études à Beyrouth, où il décroche un baccalauréat français. En 1936, il s'installe à Paris, où il se plonge dans l'étude des sciences politiques, du droit et de la philosophie, des disciplines qu'il maîtrise avec une aisance remarquable.
L'intellectuel, cependant, n'est jamais qu'un homme d'action. Porteur de l'idéal républicain, il s'engage dans les brigades internationales pendant la guerre civile espagnole, puis dans l'armée française, se battant contre la barbarie nazie. Résistant de l'ombre, il fait de la liberté un combat personnel. Après la guerre, il retourne en Iran en 1946, animé du désir de bâtir un avenir plus juste pour son pays.
En 1953, sous le gouvernement de Mohammed Mossadegh, Bakhtiar est nommé ministre délégué au Travail. Mais l'ombre des grandes puissances s'étend à nouveau sur l'Iran. Ainsi, les États-Unis et le Royaume-Uni soutiennent le retour du chah Mohammed Reza Pahlavi au pouvoir, anéantissant les espoirs d'un Iran démocratique. Opposant résolu au régime du chah, Bakhtiar est emprisonné à plusieurs reprises, payant le prix de sa loyauté à ses convictions démocratiques et républicaines. En 1978, alors que le régime impérial touche à sa fin, le chah confie à Bakhtiar la charge du gouvernement dans une ultime tentative de conciliation. Celui-ci, homme de compromis courageux, accepte la mission impossible : il veut tenir tête à la fois aux communistes et aux islamistes, refusant de céder à ni à l'un ni à l'autre, ni à la violence.
Mais l'époque des modérés est révolue. En janvier 1979, le chah quitte l'Iran. Quelques semaines plus tard, Bakhtiar s'exile en France, où il s'engage dans une opposition pacifique à la République islamique de l'ayatollah Khomeini, prônant inlassablement une vision laïque et démocratique de son pays natal. Exilé en France, il mènera ce combat jusqu'au bout. Le 6 août 1991, il est assassiné à Suresnes près de Paris par des agents du régime iranien.
Informations
- Nom : Chapour Bakhtiar
- Naissance : 26 juin 1914, Shahre, Iran
- Décès : 6 août 1991, Suresnes
- Profession : Homme politique iranien
- Division : 8