Charles Baudelaire

Poète du spleen et de l'idéal, critique d'art acéré, figure tutélaire de la modernité, Charles Baudelaire fut de son vivant un météore controversé ; il est devenu, dans la mort, une étoile fixe du firmament littéraire.

Sa tombe, parmi les plus visitées du cimetière, s'orne d'offrandes - fleurs fanées, mégots rituels, billets griffonnés, tickets de métro et parfois paires de souliers ! - que déposent les pèlerins. Car Baudelaire incarne, mieux que quiconque, cette alliance du sublime et de l'abîme, cette douleur féconde qui irrigue Les Fleurs du mal, Les Paradis artificiels, Le Spleen de Paris - trinité d'une œuvre tendue entre extase et chute.

Orphelin de père dès l'enfance, il se heurte bientôt à la figure tutélaire du général Aupick, son beau-père, ambassadeur de France qui fera tout pour aider le jeune Baudelaire et que ce dernier rejettera comme un intrus venu usurper l'amour maternel. Cette fracture originelle, jamais refermée, nourrira une vie d'excès et de heurts.

Étudiant dissipé, dandy fauché, il dilapide son héritage, fréquente les bas-fonds, s'essaie aux paradis chimiques et contracte les maux de son siècle - la syphilis, la dette, l'ennui. Mais dans cette existence heurtée, la poésie s'élève comme une offrande.

En 1848, Baudelaire devient le traducteur officiel d'Edgar Allan Poe. Avec Les Fleurs du mal, publiées en 1857, il redessine les frontières de l'art, dissociant le beau de la morale, sacralisant la laideur, sublimant l'horreur. Il y marie la volupté au vice, le désir au dégoût, la grâce au blasphème. La justice le condamne - six poèmes sont censurés - mais le monde littéraire, déjà, pressent la révolution en marche. Baudelaire fuit Paris en 1864 pour la Belgique, pays dont il attend beaucoup, et qui ne lui rendra rien. La pauvreté, l'isolement, la maladie l'y rattrapent. Un accident vasculaire le laisse à demi-paralysé et presque muet.

Il meurt à Paris, le 31 août 1867, dans une chambre de la clinique du docteur Duval, célèbre aliéniste, rue du Dôme, près de la place de l'Étoile. À ses funérailles, peu de monde : Nadar, Banville (treizième division), Verlaine, Manet, Asselineau - et quelques inconnus, venus saluer la fin d'un météore. Sa mère le rejoindra quatre ans plus tard dans le caveau familial, refermant le cycle d'une vie brûlée entre fusion et conflit.

Premier écrivain à entrer dans la prestigieuse collection de la Pléiade chez Gallimard, Charles Baudelaire a su donner forme à l'indicible, à l'horreur comme à l'extase.

Tombe du poète Charles Baudelaire au cimetière du Montparnasse à Paris
Tombe de Charles Baudelaire, cimetière du Montparnasse.

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